Sur la scène de la Salle Poirel au NJP 2020, André Manoukian a transformé son piano en outil de démonstration pour une conférence chantée et disséquée. Retour sur un reportage de terrain ancré dans la gestuelle de l’orateur, le travail du clavier et l’écoute attentive du parterre nancéien.
Le piano comme outil de démonstration
L’installation d’André Manoukian sur le plateau de la Salle Poirel pour cette édition 2020 du festival Nancy Jazz Pulsations imposait un protocole de prise de vue très spécifique. Éloigné du format classique du concert, cet exercice tenait davantage de la conférence illustrée, où l’orateur alterne explications théoriques, anecdotes d’histoire musicale et démonstrations immédiates au piano à queue. Depuis le premier rang, mon travail de cadrage s’est calé sur l’extrême mobilité de ses gestes : le bras tendu vers le public pour appuyer une explication sur la création d’un accord, puis les mains pivotant instantanément vers l’ivoire des touches. Les faisceaux des projecteurs arrières, réglés sur des tons ambrés très doux, découpaient la silhouette de l’artiste avec une clarté chirurgicale sur le fond sombre du théâtre. En sélectionnant des focales fixes très lumineuses à grande ouverture, j’ai conservé un piqué irréprochable sur le grain du bois du piano, le reflet des vernis et les expressions habitées du conférencier, sans jamais recourir à un éclairage direct d’appoint.
L’érudition scénique sous les projecteurs
Au fil de cette démonstration captivante, la richesse de la gestuelle d’André Manoukian a offert une matière photographique d’une précision remarquable. Pour restituer l’équilibre entre la transmission orale et la pratique instrumentale, ma stratégie de composition a oscillé entre des portraits resserrés sur le visage de l’intervenant et des angles plus larges en contre-plongée. Ces compos intégraient l’imposante carcasse du piano de concert, les micros de parole et la pénombre de la jauge nancéienne. L’absence de mouvements désordonnés sur scène a permis une gestion au millimètre de la mesure d’exposition, ajustée sur les zones de haute lumière afin de préserver les détails du costume et les nuances de peau sous les poursuites. Les déclenchements se sont alignés sur les temps forts de son discours, capturant les silences suspendus, les éclats de rire de l’auditoire et les attaques de notes venant appuyer son démonstrateur. La galerie finale propose ainsi une série d’images d’une grande sobriété plastique, parfaitement fidèles à la tenue scénique et au rythme de cette soirée de l’édition 2020.
LE CHANT DU PERINEE
Conférence psycho-érotique, Le Chant du Périnée est un parcours érudit et déjanté dans l’histoire de la musique pianoté par André Manoukian. Tâchant de percer le mystère de la voix, il nous emmène des Égyptiens de l’Antiquité aux divas du jazz en passant par les castrats de la Renaissance. André Manoukian, qu’on ne présente plus, nous fait partager la magie de la création musicale. Il nous explique pourquoi certaines notes nous tirent des larmes, quand d’autres nous angoissent ou nous rendent idiots d’amour. Un spectacle étonnant, drôle et une lecture de la musique didactique comme vous ne l’avez jamais vu.
https://nancyjazzpulsations.com/
Presentation du festival
Institution incontournable de la scène musicale lorraine, le festival Nancy Jazz Pulsations fait vibrer le cœur et le poumon de la cité ducale depuis plus de cinquante ans. Chaque année durant le mois d’octobre, l’événement métamorphose Nancy en un carrefour culturel effervescent. Si les plus grandes pointures internationales de l’histoire du jazz ont foulé ses scènes mythiques, le festival a su brillamment ouvrir ses horizons : aujourd’hui, l’ensemble des styles musicaux y trouve largement sa place, offrant un éclectisme rare où se côtoient légendes installées et révélations de la scène actuelle.











