Sous les dorures de la Salle Poirel au NJP 2017, le pianiste Tigran Hamasyan a déployé une frappe percussive d’une intensité rare. Retour en images sur un reportage de terrain ancré dans l’acoustique du lieu, la précision du geste et le découpage des projecteurs.
Résonance acoustique sous les dorures
L’installation de Tigran Hamasyan sur le plateau de la Salle Poirel lors de cette édition 2017 du festival Nancy Jazz Pulsations a d’emblée imposé une méthode de prise de vue articulée autour de la géométrie du lieu et de l’acoustique de la salle. Positionné de dos par rapport au parterre durant la presque totalité du récital, le pianiste arménien a dégagé une présence physique monumentale, intégralement concentrée sur le martèlement des touches de son instrument à queue. Depuis le bas de l’avant-scène, mon travail s’est focalisé sur la tension de son dos, le profil de son visage tourné vers le clavier et le mouvement de ses bras scandant les attaques polyrythmiques. La régie lumière avait habillé le plateau d’une douche ambrée très rasante qui isolait la masse du piano et le grain du vernis sur le fond sombre du théâtre. En travaillant avec des focales fixes très lumineuses réglées à grande ouverture, j’ai pu maintenir une netteté chirurgicale sur le marteau des cordes, les reflets métalliques du cadran et la précision des mains en déplacement rapide. La mesure d’exposition, calée sur les zones d’éclairage direct, préserve la lisibilité des détails sans jamais saturer les hautes lumières. Cette première série de clichés restitue l’ouverture du concert avec une clarté optique rigoureuse, fidèle à l’exigence sonore perçue depuis le premier rang nancéien.
L’impact scénique de Tigran Hamasyan
Au fur et à mesure que les compositions explosives à la croisée du folklore arménien, du jazz contemporain et des métriques du métal traversaient l’enceinte de la Salle Poirel, chaque note frappée trouvait un écho visuel immédiat sur le plateau. Pour traduire la puissance physique du jeu malgré l’orientation dorsale de l’artiste, ma stratégie de composition s’est appuyée sur des variations de focalisation très méthodiques, oscillant entre des plans resserrés sur les doigts en action et des cadrages plus ouverts réalisés au grand-angle. Ces prises de vue larges permettent d’englober la totalité du cadre de scène, la hauteur des moulures historiques éclairées par les projecteurs de découpe et l’immobilité attentive des spectateurs plongés dans l’obscurité du parterre. L’absence totale d’éclairage d’appoint direct garantit la vérité de la création lumineuse d’origine, laissant le capteur enregistrer la vapeur des fumigènes traversée par les faisceaux sélectifs et la brillance du laiton de la structure. Chaque déclenchement s’est ajusté sur les relances rythmiques, les suspensions et les saluts d’une grande sobriété adressés au public de la cité ducale à la fin du set. La sélection finale forme une chronique de terrain structurée, livrant un ensemble de visuels au piqué irréprochable, témoins de la tenue scénique déployée lors de cette nuit marquant la programmation 2017 du festival.
À découvrir en Vidéo
Presentation du festival
Institution incontournable de la scène musicale lorraine, le festival Nancy Jazz Pulsations fait vibrer le cœur et le poumon de la cité ducale depuis plus de cinquante ans. Chaque année durant le mois d’octobre, l’événement métamorphose Nancy en un carrefour culturel effervescent. Si les plus grandes pointures internationales de l’histoire du jazz ont foulé ses scènes mythiques, le festival a su brillamment ouvrir ses horizons : aujourd’hui, l’ensemble des styles musicaux y trouve largement sa place, offrant un éclectisme rare où se côtoient légendes installées et révélations de la scène actuelle.











